Acier et aluminium

Le 11 juin dernier, la ministre de l’Économie, des Sciences et de l’Innovation, Mme Dominique Anglade, annonçait devant près d’une quarantaine d’entreprises du secteur de l’acier et l'aluminium que le gouvernement du Québec soutiendra leurs activités via son programme ESSOR. Pourquoi cette aide? Comment s’articule-t-elle? Que vous soyez dans ce secteur, que vous ayez des partenaires dans ce secteur, ou que vous soyez intéressés par l’actualité, Larouche vous propose un regard sur la situation et sur un programme à découvrir.

Petite remise en contexte

Le 31 mai dernier, l’administration américaine annonçait une hausse des tarifs douaniers sur l’acier (25%) et l’aluminium (10%) pour des raisons de sécurité nationale. Pour être précis, on parle ici de la fin d’une exemption sur des tarifs déjà existants. Le Canada et certains pays de l’Union européenne, eux aussi touchés par ces tarifs, se sont empressés de dénoncer cette hausse qu’ils jugent insultante. Le gouvernement Trudeau a rapidement réagi en annonçant à son tour des hausses de tarifs sur certains produits américains. Ces hausses entreront en vigueur lors des prochaines semaines.

Mais en imposant ces tarifs, c’est toute une industrie qui est touchée. La chaîne B2B2C de cette industrie, du producteur au client, en passant par les transformateurs et les distributeurs, risque de passer des moments plus difficiles.

De l’aide aux entreprises

Pour soutenir les entreprises québécoises face à cette situation, le gouvernement du Québec a décidé d’utiliser son programme ESSOR, programme qu’il administre conjointement avec Investissement Québec. À noter que c’est avec ce programme que le gouvernement avait supporté l’industrie forestière dans le plus récent conflit sur le bois d’oeuvre.

Mais qu’apporte réellement comme aide le gouvernement?

Pour l’acier et l’aluminium, ESSOR permettra aux entreprises exportatrices des produits d’acier et d’aluminium d’obtenir des prêts et des garantis de prêts, aux conditions du marché, de la part du programme. L’objectif: permettre aux entreprises, qui seraient en manque de liquidité suite aux barrières tarifaires, d’avoir les fonds de roulement nécessaires au maintien de leurs activités d’exportation. Ainsi, suite à un examen d’Investissement Québec, les entreprises pourront recevoir, sous forme de prêt au taux du marché, jusqu’à 75 % du montant de la barrière tarifaire.

Par exemple, l’entreprise fictive XYZ Aluminium Canada  exporte un produit d’aluminium aux États-Unis d’une valeur de 100 $. Le produit subira donc l’effet des tarifs douaniers sur l’aluminium soit 10% de sa valeur donc 10 $ supplémentaires. Ces barrières étant très élevées pour l’entreprise, elle sent qu’elle aura besoin du programme ESSOR, pour maintenir un fonds de roulement qui lui permettra de continuer d’exporter. Son dossier est examiné par Investissement Québec qui considère ses besoins en fonction de la situation. Une fois son dossier accepté, XYZ Aluminium Canada peut donc se faire prêter jusqu’à 75% du montant de la barrière tarifaire de 10$, soit 7,50$. En fonction de sa situation, XYZ remboursera par la suite son prêt au taux en vigueur dans le marché.

L’exemple est un peu simpliste et rares sont les entreprises exportant un seul produit de 100 $, mais il permet de saisir quelque peu la mécanique. De plus, bien que ce ne soit pas une injection de fonds massive, cette aide permettra surement à quelques entreprises de maintenir leurs activités.

Il est important de comprendre que cette aide est appelée à changer ou évoluer. Effectivement, la crise pouvant se terminer demain comme dans trois ans, le gouvernement s’est entendu avec les entreprises du milieu pour faire le point régulièrement sur la question (MESI 2018).

S’il y’a bien une chose de certaine, c’est l’incertitude quant à la fin de cette querelle commerciale.

Quelques chiffres

Mais pourquoi les gouvernements réagissent-ils de la sorte? C’est qu’au Canada comme au Québec, l’Aluminium et l’Acier, représentent quelques milliards de dollars et plusieurs milliers d’emplois.

Industrie de l'aluminium au Canada

• 10 alumineries

• 8300 travailleurs

• Valeur de la production : 9,3 milliards de dollars                        

• Exportations : 7,3 milliards de dollars, dont 84 % envoyé aux États-Unis

Industrie de l'acier au Canada

• 19 usines

• 22 000 travailleurs

• Valeur de la production : 14 milliards de dollars

• Exportations : 7 milliards de dollars, dont 85 % aux États-Unis

Source: Radio-Canada 2018  

Au Québec plus particulièrement, l’impact est significatif. Effectivement, neuf des dix alumineries canadiennes sont situées en territoire québécois. Plus que les alumineries, une foule d’entreprises transformatrices de produits sidérurgiques et de l’aluminium vont voir leurs activités perturbées par les hausses de tarifs. Parfois, ces produits font même plusieurs aller-retour entre la frontière des deux pays.

L'industrie de l'acier et de l'aluminium au Québec


  • Environ 50 % des importations d'aluminium primaire des États-Unis proviennent du Québec, et environ 60 % des exportations québécoises d'acier sont destinées au marché américain.
  • En 2017, les exportations québécoises d'aluminium vers les États-Unis représentaient plus de 7 milliards de dollars et près de 90 % de l'ensemble des exportations québécoises d'aluminium.
  • En 2017, les exportations québécoises vers les États-Unis de produits sidérurgiques et de produits en acier fabriqués à partir d'acier acheté, représentaient respectivement 788 millions de dollars et 291 millions de dollars.
  • Au Québec, la filière de l'aluminium génère près de 30 000 emplois, dont plus de 7 000 au sein de l'industrie primaire.
  • Le secteur de la fabrication de produits métalliques représente pour sa part 42 000 emplois, alors que les secteurs de la sidérurgie et de la fabrication de produits en acier à partir d'acier acheté génèrent plus de 3 200 emplois.»
Source: MESI 2018

 

ESSOR pour d’autres contextes

Bien que la situation commerciale actuelle soit préoccupante, il est important de souligner quelques point concernant le programme ESSOR. Effectivement, ESSOR ne sert pas seulement qu’à intervenir dans les litiges commerciaux. Bien qu’il ait aussi été utilisé pour le commerce du bois d’oeuvre, le programme sert aussi à financer d’autres projets d’investissements. Par exemple, la Maison Simons a pu obtenir un prêt de 81 M$ pour financer ses projets, notamment son futur centre de traitement des commandes en ligne (Gagné 2018).

N’hésitez donc pas à regarder les opportunités offertes par ce programme. Pour plus d’information, vous pouvez regarder le lien suivant: https://www.economie.gouv.qc.ca/bibliotheques/programmes/aide-financiere/programme-essor/

 

Sources:

Gagné, Louis. 2018. « Québec investit près de 100 M$ dans Simons ». Radio-Canada. 29 mai.

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1103757/investissement-gouvernement-quebec-maison-simons-transformation-numerique

Ministère de l’Économie des Sciences et de l’Innovation. (MESI). 2018. « Aluminium et acier exportés aux États-Unis - Le gouvernement du Québec vient en appui aux transformateurs des secteurs de l'aluminium et de l'acier touchés par des droits tarifaires spéciaux ». Communiqué de presse. 11 juin.

https://www.newswire.ca/fr/news-releases/aluminium-et-acier-exportes-aux-etats-unis---le-gouvernement-du-quebec-vient-en-appui-aux-transformateurs-des-secteurs-de-laluminium-et-de-lacier-touches-par-des-droits-tarifaires-speciaux-685181421.html

Radio-Canada. 2018. « Tarifs américains sur l'aluminium et l'acier canadiens : l'industrie crie à l'injustice ». Radio-Canada. 31 mai.

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1104293/tarifs-americains-aluminium-acier-canadiens-industrie-crie-injustice

Sources

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